Comme une forme de résistance poétique et consciente à la marche d’un monde qui voudrait nous isoler toujours un peu plus, nous choisissons d’aller vers la lumière – celle du faisceau des projecteurs – et de cultiver l’art de la joie en nous rassemblant le temps d’un après-midi et d’une soirée sous la verrière de POL-N. Le cinéma expérimental s’incarne dans des gestes qui rassemblent, encouragent la collaboration et la transmission, à l’instar de ce riche programme.
Une conférence, çà et là des projections, des performances en immersion, des ateliers de pratique et des espaces de lecture… tous les chemins mènent à la pellicule.
PROGRAMME
14h30 – Projection et conférence
Bricoler, cuisiner, jardiner, coudre : gestes mineurs et politique de la fragilité matérielle (en cinéma) par Éric Thouvenel, maître de conférences en études cinématographiques.
« Faire des films qui résistent à l’engloutissement du photochimique par le numérique, c’est assumer, préserver et faire œuvre de la fragilité du support, et cultiver cette fragilité. À travers l’activité des cinéastes réapparaissent spontanément des gestes anciens, que l’on croyait parfois disparus mais qui ont très longtemps structuré les sociétés humaines, et nos capacités à vivre ensemble : bricoler, cuisiner, jardiner, coudre. Ces « gestes mineurs » sont aujourd’hui au cœur des pratiques et des formes filmiques expérimentales, et c’est par là aussi que les films disent comment ils résonnent avec le monde. » (É. Thouvenel)
En amont de la conférence, projection de Seed de Lichun Tseng – NL -Filmwerkplaats – 2024 – 16mm – 10′‘
Ce film a été créé au Guandu Nature Park pendant les festival des arts d’été de 2024 à Taiwan.
« Guidée par la lumière – à la fois abstraite et concrète, une énergie vitale dans l’environnement écologique – cette œuvre s’inspire des états naturels. Elle capture la nature d’un point de vue microscopique, saisissant des instants fugaces et connectant tous les sens au monde vivant. Les images apparaissent grâce à l’exposition – une rencontre avec la lumière – développées à l’aide d’ingrédients naturels trouvés sur place, laissant des traces d’impermanence, d’observation et de l’instant.
Les sons ont été enregistrés au lever et au coucher du soleil ; des émulsions photosensibles ont été enduites et exposées sous la nouvelle lune, dans un parc sans pollution lumineuse, une chambre noire à ciel ouvert.
Chaque aspect du processus devient un élément de pensée créative et de possibilité. »
16h – 19h – Ateliers
En continu – sans inscription
Ouvert à tous.tes !!!
Venez déambuler parmi nos stands, participer à nos ateliers de découverte du cinéma expérimental et de linogravure sur textile (amenez vos propres pièces de tissu !) et au passage flâner dans notre salon de lecture et notre mini librairie.
Distros
Des sélections aux petits oignons de livres, disques, cassettes
par WARM & ali buh baeh.
Atelier cinéma 16 mm – son optique et musique visuelle / prix libre au chapeau
Dessiner sur la pellicule, la gratter, la graver, y apposer des collages, y transférer des décalcomanies (oui)
Nous serons ici dans une approche plastique, tactile ou encore graphique du film. Un seul leitmotiv : penser rythme.
Les motifs réalisés, lus par le projecteur, se mueront en mouvements, pour les yeux comme pour les oreilles.
Dans cette joie collective du faire ensemble, chacun.e pourra composer sa propre boucle de film, petite unité de partition visuelle et sonore.
Venez personnaliser T-shirt, tote-bag… en DIY « merch » spécial PRISME.
Au choix 3 motifs de tampons en linogravure seront disponibles pour imprimer aux couleurs de votre festival préféré!
Autant dire, la grande classe en perspective.
Le prix libre reviendra, en ces temps austères, en soutien au festival !
16h – Goûter et projection Cool Kids
Un cocktail de films détonants pour les plus petits, mais aussi pour les autres !
Licht und Ton, Jan Rehwinkel – LaborBerlin e.V. – DE – 2025 – 16mm – 5′
La fascination de peindre le son – une composition de sons visibles et d’images audibles.
Portales, Elena Duque – Cinelab – ES – 2025 – 16mm – 16′
Portales suit le cours du fleuve Guadalete à Cadix, en Espagne, des montagnes à la mer : un catalogue de paysages qui en cachent d’autres, une collection de portails interdimensionnels (et de cartes postales) qui mélangent action réelle et animation, créant une faune et une flore impossibles, une autre histoire et une autre géographie pour un cours d’eau modeste.
Blanket Statement #1: Home is where the Heart is, Jodie Mack – US – 2012 – 16mm – 3′
Dysfonctionnement discordant jusqu’au moindre détail.
18h – Projection
Terminus for You, Nicolas Rey – FR – 1996 – 16mm – 10′
« Il y a fort longtemps, l’homme, ému de l’âpreté des dénivellations de ce bas monde, inventa l’escalier. Debout en bas de ces quelques marches, assis à leur sommet, contemplant le paysage, l’homme eût un instant de bonheur. Mais sa joie fut de courte durée. C’est seulement beaucoup plus tard, après de longs siècles passés à monter et descendre ces foutus escaliers qu’il avait construit un peu partout, que l’homme, dans un sursaut technologique, inventa l’escalier mécanique, qu’il baptisa du doux nom d’»escalator». Enfin, le vieux rêve de s’élever sans effort dans les airs ou de s’enfoncer dans les entrailles de la terre devenait accessible au plus grand nombre!Fort de ce succès, l’homme décida d’appliquer le même système à quelques couloirs du métro, dont la grande longueur n’avait d’égale que la malheureuse platitude. Certes il n’était point question ici d’altitude, mais peut être la simple accélération du mouvement des corps fournirait-elle suffisamment d’excitation à l’être humain pour le désennuyer. Le cinéma, inventé à peu près à la même époque que le métropolitain, ne réussissait-il pas à divertir les foules rien qu’en agissant sur l’ouïe et la vue? Rien y fit : on s’ennuyait toujours aussi ferme dans les couloirs de M. Bienvenüe.L’homme fit alors preuve de génie. Il décida de placer sur les murs, à intervalles réguliers, d’immenses placards publicitaires multicolores.Enfin, tout s’éclaira : le perpétuel va-et-vient des piétons translatés, la tragédie de leur croisement. »
19h – Banquet surprise
10€ – réservation conseillée auprès de mariane(at)mire-exp.org
Cuisine et cinéma font souvent bon ménage, venez le constater par vous-même autour d’un banquet surprise à la sauce PRISME.
21h Projections et Performances
Une soirée à l’image des temps que nous traversons, imprégnée de la gravité du moment passé et présent mais où l’espoir s’immisce dans l’inattendu, des gestes humbles comme autant de zones d’utopies temporaires.
Une première performance 16 mm, traversée par les ténèbres dorées du port de Rotterdam d’où surgit une silhouette qui lutte contre la tempête à venir, rugosité liquide. Une seconde pour nous emmener sur les traces mémorielles des lieux façonnés par l’extractivisme colonial européen. Qu’il s’agisse de la pellicule ou des sols meurtris, que reste-t-il lorsque tout l’argent a été extrait ?
Entre ces deux formes live, une respiration : un programme bricolé à plusieurs en rebond aux gestes évoqués durant la conférence d’Éric Thouvenel. Quand le cinéma montre, en toute humilité, d’autres manières de fabriquer le monde.
-Performance
Maasvlakte Delight, Laurent Reyes & Erwan Tracol, son: Clinch – Filmwerkplaats, Mire, Labo l’Argent – FR – 2025 – 25′ – performance
« Une épaisse fumée absorbe l’horizon, des flammes le consument. Une tempête s’annonce.
Une silhouette vacillante tente de se frayer un chemin.
Le rythme effréné nous emporte. »
-Programme de films
Super 8 Girl Games, Ashley Hans Scheirl & Ursula Pürrer – 1985 – AUT- 3′
« Ursula Pürrer et Ashley Hans Scheirl se sont mis à tourner ensemble de petits films Super 8 à partir de 1984. Présentés par les cinéastes comme des “home movies”, ces courts métrages qui enregistrent de courtes performances dégagent une forte impression, mêlée d’intimité et de liberté. Les corps – et les relations et échanges entre les corps – sont au centre de leur cinéma. Des corps qui se trouvent fétichisés à la fois par le montage et le cadrage qui en isolent des parties choisies et par une sorte de culte qui passe par l’inventivité des costumes, la vivacité des couleurs, le maquillage, le tatouage, les accessoires… »
Pellicule Salée, Elodie Ferré – Mire – FR – 2022 – 16mm – 5′
« Diverses émulsions au contact de sel que j’ai récolté à l’été 2021 dans les marais salants de Guérande. »
K (Désert), Frédérique Devaux – FR – 2004 – 16mm – 4’
Interroge la fragmentation d’une culture à travers les populations du désert algérien.
Windmill 2, Chris Welsby – UK – 1972 – 16mm – 8′
La caméra filme le paysage d’un parc à travers les pales d’un petit moulin à vent fabriqué artisanalement. Chacune des huit pales a été recouverte de Melanes (un matériau miroitant). Le film a été tourné en trois prises continues de cent pieds, un jour de grand vent. L’angle de prise de vues reste le même pendant toute la durée du film. Les variations du vent: vitesse et direction, changent constamment la relation entre le paysage devant la caméra tel qu’il est appréhendé à travers les pales du moulin et la réflexion déformée de la caméra et du paysage derrière elle sur ces mêmes pales. Quand le moulin atteint une certaine vitesse, un troisième espace est créé, alors que la profondeur de l’espace du plan de l’image se fragmente et devient une surface abstraite bidimensionnelle de couleur et de lumière.
Kitchen Beets, Bea Haut – UK – 2011 – 16mm – 2′ 45
Un rangement qui n’en finit pas se change en boîte à rythme et en tour de magie. Petit film structurel, monté au rythme de l’écart entre la tête de son optique et l’image.
The Kiss, Ian Bourn et John Smith – UK – 1999 – 16mm > digital – 5′
La représentation du développement forcé d’une fleur de serre. La croissance organique est progressivement supplantée par un processus mécanique plus sinistre.
Capitalism Slavery, Ken Jacobs – US – 2006 – 14′
AVERTISSEMENT : Cette œuvre contient des lumières stroboscopiques.. Elle ne doit pas être visionnée par des personnes souffrant d’épilepsie ou de troubles convulsifs.
Ken Jacobs écrit : « Une image stéréographique antique représentant des cueilleurs de coton, animée par ordinateur afin de présenter la scène avec une profondeur active, même pour les spectateurs borgnes. Silencieux, funèbre, bref. »
Dans Capitalism: Slavery, Jacobs utilise une stéréographie victorienne (une double photographie) représentant des esclaves cueillant du coton sous l’œil vigilant d’un surveillant blanc comme source d’inspiration pour cette œuvre silencieuse et poignante. Grâce à la manipulation numérique, Jacobs crée une illusion obsédante de profondeur et de mouvement. C’est comme s’il était « entré » dans l’image et avait réactivé ce moment historique ; il se déplace parmi les personnages et isole des individus, créant un effet saccadé et pulsatoire qui suggère le mouvement tout en animant l’immobilité. »
-Performance
Submemorias de un rollo, Georgy Bagdasarov et Alexandra Moralesova – Labodoble – CZ – 2025 – 16mm – 40′ – performance
« Les taches de mémoire des lieux où l’argent natif a été extrait pendant des siècles. Cet argent a donné à l’Europe son opulence et façonné son image insolente. Il n’y a plus d’argent dans ces lieux. Il n’y a plus d’argent dans ces films. Il était là, mais nous l’avons blanchi pour que vous puissiez voir les couleurs. »
