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The Rime of the Ancient Mariner de Larry JORDAN

« Seul, seul, je restai debout, tout seul, tout seul, sur la vaste, la vaste mer, et pas un saint n’eut pitié de ma pauvre âme à l’agonie.
Tant d’hommes, tant d’hommes si beaux ! Ils gisaient là, tous morts, et mille choses visqueuses vivaient autour ; et moi aussi je vivais !
Je regardai la mer en putréfaction, et détournai mes yeux de ce spectacle. Je les reportai sur le pont du vaisseau, il était également en putréfaction ; sur ses planches gisaient les corps morts de mes camarades. »

Projection dans le cadre de l’exposition « Trésors cachés du cabinet d’arts graphiques, dessins et estampes du XIXe siècle ».

 

 THE RIME OF THE ANCIENT MARINER de Larry JORDAN

1977 / 16mm / coul / son / 42′ 00 / V.O.*

Chef d’œuvre de la littérature romantique, le texte de S.T. Coleridge « The Rime of the Ancient Mariner » (La complainte du vieux marin) fait l’objet d’un véritable culte et a inspiré nombre d’artistes aussi divers que Gustave Doré, Orson Welles, Larry Jordan ou encore Iron Maiden.

Ce moyen métrage de 1977 est basé sur le travail de quatre grands artistes : Samuel Taylor Coleridge, qui a écrit le poème immortel « The Rime of the Ancient Mariner; Gustave Doré, qui a fourni au texte des illustrations sans pareil; Orson Welles, qui lit le poème dans son baryton inimitable; et le cinéaste Larry Jordan, qui a intégré tous ces éléments.
« The Rime of the Ancient Mariner » de Samuel Taylor Coleridge a été à l’origine publié en 1798 et remanié en 1834. La version illustrée de Gustave Doré a été publiée en 1875 et est souvent classée parmi les travaux les plus aboutis de l’illustrateur.
L’adaptation cinématographique de 42 minutes de Larry Jordan est apparue plus de 100 ans plus tard. Jordan, célèbre cinéaste expérimental, est surtout connu pour ses animations en papier découpé en surimpression avec des peintures et illustrations du XIXe siècle (semblables aux collages de Max Ernst).
Orson Welles avait une tessiture inimitable. Pour « The Rime of the Ancient Mariner » Welles, avec l’aide d’un assistant son, Gary Graver, a prétendument enregistré chaque ligne du poème plusieurs fois jusqu’à ce qu’il obtienne une lecture absolument juste, laissant à Jordan le soin d’assembler les récitations.
Larry Jordan porte au récit de Coleridge et aux gravures de Doré un respect extrême, mais ajoute comme toujours sa propre imagerie au film. Les amateurs d’autres films de Jordan reconnaîtront les combinaisons constamment changeantes de couleurs et les images qui dérivent périodiquement à travers l’écran, en surimpression avec les fonds de Doré : les oiseaux, un soleil-smiley et « la femme-à-la-tête-de-globe » qui apparaît dans beaucoup d’animations de Jordan.
Parmi les marques de fabrique de Jordan, on trouve aussi des clignotements et  bourdonnements périodiques qu’émettent le plus souvent des objets minuscules, placés près des bords du cadre. En somme le film est l’une des œuvres les plus étranges et ésotériques de Jordan, mettant en évidence la bizarrerie sous-jacente du poème (que beaucoup de lettrés croient être le produit d’un des fréquents trips à l’opium de Coleridge).
Souvent il utilise les travellings ou zooms à travers les images, soulignant certains détails et accordant une appréciation renouvelée de la complexité extraordinaire de l’art de Doré. La lecture autoritaire et dramatique du texte par Orson Welles est superbe et Jordan excelle dans la synchronisation du son et de l’illustration. Le film, en définitive, est à la fois révérencieux et profondément psychédélique.

 

Le Poème

Ce poème fantastique décrit les aventures surnaturelles d’un capitaine de bateau qui fit naufrage.
Un vieux marin interpelle un jeune homme qui se rend à des noces. Insistant, il le contraint à écouter son histoire.
Alors qu’un albatros guide le navire à travers les glaces depuis plusieurs jours, le capitaine, sans raison, le tue avec son arbalète. Les compagnons marins, approbateurs légers de son méfait sont châtiés de leur complicité morale et meurent les uns après les autres. L’albatros ainsi vengé, le capitaine reste seul sur le navire, portant tout le poids de la malédiction.

Et jour après jour, et jour après jour, Nous restâmes encalminés ; Aussi figés qu’un dessin de navire Sur un océan dessiné.

De l’eau, de l’eau, de l’eau, partout de l’eau, Et les planches racornissaient ; De l’eau, de l’eau, de l’eau, partout de l’eau, Nulle goutte ne nous restait

C’est grâce à une troupe de séraphins, êtres angéliques, que les corps inanimés des matelots reprennent vie pour quelques instants et conduisent le marin sur sa terre natale avant de disparaitre à jamais.
Pour expier sa faute, le marin devra raconter son histoire à toutes les personnes qu’il rencontrera.

Samuel Taylor Coleridge (1773-1834)
L’auteur

Poète anglais, contemporain de Walter Scott et de Byron, Samuel Coleridge fait partie des auteurs romantiques.
Il se distinguait des poètes de son temps de par son interprétation philosophique de l’amour sincère qu’il portait à la nature et à la représentation minutieuse de ses beautés.
En 1798, Coleridge publie avec Wordsworth, Les Ballades lyriques, qui contiennent le célèbre poème The Rime of the Ancient Mariner traduit en français par  Auguste Barbier en 1877 comme « La complainte du Vieux Marin. ».

Gustave Doré (1832-1883)
L’illustrateur

Illustrateur, dessinateur, graveur, peintre, sculpteur, Gustave Doré a laissé derrière lui une œuvre considérable (9850 illustrations, 68 titres de musique, 51 lithographies, 526 dessins, 283 aquarelles, 133 peintures, 45 sculptures…).
C’est dans l’illustration d’œuvres littéraires que Gustave Doré a le plus brillé, rencontrant un énorme succès. Après les œuvres de Rabelais et Balzac, il illustre, avec une imagination fertile, de nombreux chefs d’œuvres de la littérature : Les Contes de Perrault, Don Quichotte, La Bible, Les Fables de la Fontaine, l’Enfer de Dante.

Larry Jordan (1934)
Le Cinéaste

Au même titre que Stan Brakhage, Jonas Mekas ou encore Ken Jacobs (pour ne citer que eux, et d’ailleurs tous ses amis), Larry Jordan est une figure majeure et incontournable du cinéma d’avant-garde américain. Découvrir l’œuvre de Larry Jordan c’est rentrer dans un univers très particulier qui se situe entre le fantastique et le surréel, et qui mélange mythologie, romanesque et romantisme décalé. Influencé à ses débuts par Jean Cocteau et surtout Max Ernst et Joseph Cornell , c’est dans les années ’50 que Larry Jordan réalise ses premiers courts métrages basés sur la technique de l’animation et du collage. le trait le plus distinctif de son oeuvre se situe certainement dans la singularité des mélanges visuels qu’il crée, puisant dans l’iconographie symboliste, l’illustration graphique ou encore les vieux bouquins d’histoire, de contes ou de récits mythologiques.

*Télécharger la traduction française, de Auguste Barbier (1877), du poème de Samuel Taylor Coleridge La Complainte du vieux marin (1797-1799)  (81Ko)

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